La valeur de l'amitié

Il m'arrive d'avoir des moments de nostalgie. Si dans la plupart des cas, je me concentre le plus possible sur le moment présent, pour en apprécier toutes les saveurs et les souvenirs qui en découleront, il m'arrive parfois d'avoir un regard sur le passé... afin de mieux appréhender mes réactions du moment. De constater mes évolutions, également. Parfois, le retour en arrière me donne un pincement au coeur ; le souvenir des jolies choses qui ne sont plus d'actualité m'attriste, quelque part. Mais très souvent, le rappel à ma mémoire de ces moments appartenant au passé me permet de réaliser ce par quoi je suis passée ; me permet de réaliser toute la chance que j'ai et que je ne peux que chérir, de gratitude mais aussi de peur qu'elle disparaisse.

Petite fille, j'étais de nature très sociable. Calme et posée, mais avec une facilité à se créer des amitiés et à ne jamais être complètement seule. Un peu naïve et très rêveuse, j'avais du mal à voir le mal chez les gens, et je voyais au contraire tout le bien en chacun, préférant sans doute penser que "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". En primaire, j'étais l'amie de beaucoup et me moquait bien des chamailleries des cours de récré ; on étaient petits, c'était le bon temps, les disputes étaient sans gravité et duraient rarement bien longtemps.

C'est en prenant de l'âge et en côtoyant le collège que j'ai fini par ne plus aimer ni l'école, ni ceux qui m'entouraient jour après jour, dans ces couloirs. Je garde en effet un très mauvais souvenir de cette période, passant d'illusions en désillusions, d'amis qui n'en étaient finalement pas réellement, de moqueries et humiliations qui me poussaient à chaque récréations à me cacher dans les toilettes pour pleurer.
J'ai alors fini par penser que l'amitié n'était qu'anecdotique ; pas nécessaire à mon épanouissement et qu'au contraire elle n'était qu'une perte de temps et d'énergie pour pas grand-chose. Qu'elle faisait forcément du mal, puisqu'elle n'était que jeux d'égo et de popularité ; que sans elle, j'aurais fait mon petit chemin sans embêter personne et sans être embêtée en retour.
Il faut dire que mon environnement n'était pas propice à penser le contraire. Ces blessures et cette carapace, je les ai gardées un moment.
Si je rêvais du grand Amour, je ne voyais en revanche plus l'intérêt de l'amitié ; j'étais devenue méfiante. J'avais en réalité peur qu'en ouvrant une porte à ce sentiment, j'ouvre également la porte à d'autres choses moins agréables. Je pensais m'en porter mieux sans. En vérité, je me trompais, puisqu'une amie j'en avais une, depuis toujours ou presque et c'était ma petite soeur. Sans elle, ma vie n'aurait sans doute pas été ce qu'elle est aujourd'hui. Ma meilleure amie, ma jumelle à six ans d'intervalle, celle pour qui il suffit d'un regard pour qu'on se comprenne. Cette connexion, cette complicité a toujours énormément compté dans ma vie ; elle a fait de moi celle que je suis aujourd'hui.

Mais elle, c'est ma soeur. On partage le même sang, on a été élevées ensembles ; ça me paraissait alors bien différent d'une amitié créée avec une personne rencontrée au hasard de la vie.

Les rencontres, à différentes périodes de ma vie, auront cependant fait comprendre à mon "moi adolescente" blessée que l'amitié pouvait se manifester tout simplement et qu'elle n'était pas censée faire souffrir. Si je n'avais connu que ça (et que je pensais que c'était ainsi, un schéma classique et avéré), et n'avait du coup pas de points de comparaison, j'ai fini par comprendre ce qu'était la véritable valeur de l'amitié. Saine, celle qui vous veut du bien, bienveillante, compréhensive et complémentaire. Comme l'amour finalement, nous sommes beaucoup à croire que l'amour ne fonctionne que d'une seule façon et qu'il est forcé de souffrir à un moment pour que ça marche. Mais nous les humains aimons bien tout compliquer, n'est-ce pas ?

Je n'aimais pas l'école. En arrivant à l'école d'esthétique où j'ai été formée, je m'attendais à d'énièmes histoires et ragots, partant déjà du principe que je n'étais pas là pour me faire des amies mais bien pour apprendre et faire au mieux pour atteindre mes objectifs.
Vous savez quoi ? Bon sang que j'ai aimé ces années, et qu'est-ce qu'elles me manquent ! C'est là-bas que les masques sont tombés, que les découvertes se sont enchainées et que j'ai pu faire la rencontre d'amitiés qui me sont chères et que je n'échangerais pour rien au monde. J'ai fait la rencontre de jeunes femmes pétillantes, avec leurs histoires bien à elles, leurs envies de voyages ou de mariage. On partageait un quotidien, des espérances, je me surprenais à sourire en les écoutant parler, me disant secrètement que j'avais été bien stupide de leur coller des préjugés avant même d'avoir mis un pied à l'école. A toutes ces filles, belles et talentueuses, à vous toutes qui m'avez appris la valeur de l'amitié, merci.

Si nos chemins se sont tous plus ou moins séparés maintenant, que des amitiés se sont forgées et d'autres amenuisées, je pense souvent à elles et à ce qu'elles deviennent. Je leur souhaite du bonheur et imagine un jour que je les rencontrerais par hasard. Aurons-nous des choses à nous dire ou pas du tout ?
Et puis il y a les nouvelles rencontres, les nouvelles amitiés, celles créées au travail par exemple qui finissent en vraie complicité. Surtout, il y a les amitiés qui durent, durent et qui ne changent jamais.

Le week-end dernier aura accueilli ce type d'amitié. Ce genre d'amitié qui vous met du baume au coeur, qui vous fait prendre conscience des choses importantes et de la chance inespérée de les avoir. L'amitié qui vous apporte ce qui semblait vous manquer, qui vous redonne de la lumière et semble tomber parfaitement au bon moment. Des rires partagés, des souvenirs confiés, des humeurs et bonheurs singuliers.

La valeur de l'amitié, au final, c'est peut-être tout ça à la fois... Etre toujours présent l'un pour l'autre, même à des centaines de kilomètres de distance ; et de constater que rien n'a changé. Au final, je peux vous le dire maintenant : l'amitié m'est nécessaire à mon épanouissement. L'amitié, la vraie, celle qui vous veut du bien. Et d'ailleurs... l'amitié n'a-t-elle pas été pour ma part la première étape à la rencontre du grand Amour ?
Je crois bien que oui.

A vous tous : Merci ♡

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